
La mosquée Zitouna, érigée au cœur de la médina de Tunis, représente l’un des plus remarquables témoignages de l’art islamique en Afrique du Nord. Fondée au VIIIe siècle, cette grande mosquée combine harmonieusement les influences architecturales de différentes époques, créant un ensemble unique qui fascine les visiteurs depuis des siècles. Ses colonnes antiques réutilisées, son minaret octogonal et sa cour à péristyle illustrent parfaitement l’évolution des techniques de construction islamiques. Au-delà de sa fonction religieuse, la Zitouna constitue un véritable musée à ciel ouvert où se côtoient éléments romains, byzantins et islamiques dans une synthèse architecturale remarquable.
L’édifice témoigne de plus de mille ans d’histoire tunisienne, ayant traversé les époques aghlabide, fatimide, hafside et ottomane. Chaque période a laissé son empreinte dans la pierre, créant un palimpseste architectural d’une richesse exceptionnelle. La mosquée Zitouna demeure aujourd’hui un lieu de culte actif et un centre d’enseignement traditionnel, perpétuant une tradition éducative millénaire qui a formé des générations de savants musulmans.
Architecture fatimide et influences almoravides dans la conception de la mosquée zitouna
L’analyse architecturale de la mosquée Zitouna révèle un syncrétisme remarquable entre les traditions constructives locales et les apports des différentes dynasties qui ont marqué l’histoire de l’Ifriqiya. La structure générale de l’édifice, organisée autour d’une vaste cour entourée de galeries, reprend le modèle canonique des mosquées hypostyles développé dans les premiers siècles de l’Islam.
Les influences fatimides se manifestent particulièrement dans le traitement décoratif des surfaces et l’utilisation de motifs géométriques complexes. La période fatimide, qui a marqué la Tunisie aux Xe et XIe siècles, a introduit un raffinement ornemental caractérisé par l’emploi de stucs sculptés et de décors en relief. Ces éléments se retrouvent notamment dans les écoinçons des arcs et les frises qui courent le long des galeries de la cour.
L’influence almoravide, bien que moins directe géographiquement, transparaît dans certains détails architecturaux, notamment dans le traitement des arcs outrepassés et l’utilisation de motifs décoratifs géométriques. Cette influence s’explique par les échanges constants entre les différentes régions du Maghreb et l’Andalousie musulmane, créant une koinè architecturale qui unifie l’art islamique occidental.
Mihrab sculpté et décoration géométrique des colonnes antiques réutilisées
Le mihrab de la mosquée Zitouna constitue l’un des chefs-d’œuvre de l’art décoratif islamique en Tunisie. Sa conception associe harmonieusement la sculpture sur marbre et les incrustations de matériaux polychromes, créant un ensemble d’une richesse visuelle exceptionnelle. Les motifs géométriques qui ornent sa niche semi-circulaire suivent les canons de l’art islamique classique, évitant toute représentation figurative au profit de compositions abstraites d’une grande complexité.
La réutilisation de colonnes antiques, principalement d’origine romaine et byzantine, témoigne de la continuité historique du site et de l’habileté des constructeurs médiévaux à intégrer ces spolia
La réutilisation de colonnes antiques, principalement d’origine romaine et byzantine, témoigne de la continuité historique du site et de l’habileté des constructeurs médiévaux à intégrer ces spolia dans un nouveau programme décoratif. Les fûts de marbre, parfois striés ou veiné de couleurs, sont couronnés de chapiteaux finement sculptés, sur lesquels les artisans musulmans ont ajouté des bandeaux à motifs géométriques ou épigraphiques. Cette superposition de langages décoratifs illustre la manière dont l’art islamique, tout en restant fidèle à ses principes d’abstraction et d’aniconisme, a su s’approprier et transformer l’héritage antique pour l’inscrire au service du message religieux.
En observant attentivement les colonnes bordant la cour et la salle de prière, on distingue ainsi des rinceaux antiques, des feuilles d’acanthe romaines et des crosses byzantines subtilement associés à des entrelacs, des rosaces et des étoiles typiquement islamiques. Pour le visiteur, cet assemblage peut être lu comme un véritable manuel d’histoire de l’architecture, condensé en pierre. Vous verrez que, d’une colonne à l’autre, aucune combinaison n’est exactement identique, comme si la mosquée Zitouna avait été pensée comme une bibliothèque de formes, où chaque élément raconte un chapitre distinct du passé méditerranéen de Tunis.
Minaret octogonal et techniques de construction du IXe siècle
Le minaret de la mosquée Zitouna, bien que remanié à la fin du XIXe siècle, s’inscrit dans une tradition de construction remontant au IXe siècle. Sa base carrée, typique de l’architecture maghrébine et andalouse, évolue vers un corps élancé dont certaines parties présentent un plan quasi octogonal dans le traitement des angles et des registres décoratifs. Ce jeu subtil entre la rigueur du carré et la souplesse de l’octogone permet d’alléger visuellement la masse de la tour, tout en assurant sa stabilité structurelle sur un sol ancien déjà densément bâti.
Les techniques de construction employées, alliant pierre de taille calcaire et moellons liés au mortier de chaux, reprennent les savoir-faire développés à l’époque aghlabide. Les assises alternées de pierre ocre et de grès plus sombre, disposées en motifs de losanges ou de réseaux entrelacés, rappellent l’esthétique almohade tout en restant profondément enracinées dans le contexte tunisien. Si vous levez les yeux depuis la cour, vous remarquerez la finesse des ouvertures de la chambre des muezzins et la manière dont les encadrements sculptés jouent avec la lumière, un peu comme un minuscule phare religieux dominant la médina.
Au IXe siècle, ériger un tel minaret représentait un véritable défi technique : maîtriser les poussées, contrôler le poids des matériaux et garantir la visibilité de la tour à distance. Les bâtisseurs ont recours à des murs épais à la base, progressivement allégés en hauteur, et à des systèmes de voûtes internes qui répartissent les charges autour de l’escalier. Cette ingéniosité structurelle explique pourquoi, malgré les séismes, les changements climatiques et les transformations urbaines, le minaret de la Zitouna demeure l’un des points de repère les plus sûrs de Tunis, tant pour les fidèles que pour les visiteurs.
Cour à péristyle et influence des modèles de kairouan et cordoue
La vaste cour à ciel ouvert de la mosquée Zitouna constitue l’un de ses éléments les plus spectaculaires. Entourée d’un péristyle de colonnes et d’arcades, elle s’inscrit clairement dans la filiation des grandes mosquées de Kairouan et de Cordoue. Comme dans ces deux monuments emblématiques, la cour sert à la fois d’espace de transition entre la ville et la salle de prière, de lieu d’ablutions et de zone de rassemblement lors des grandes prières du vendredi et des fêtes religieuses. La géométrie légèrement trapézoïdale de la cour témoigne de l’adaptation du plan aux contraintes de la trame urbaine ancienne.
Les galeries qui bordent cette cour reprennent le principe du péristyle antique, réinterprété dans un langage islamique : colonnes rythmant l’espace, arcs en plein cintre ou outrepassés, frises épigraphiques courant sous les toitures. On retrouve ici l’influence kairouanaise dans la hiérarchisation des portiques, la galerie nord étant légèrement plus solennelle, tandis que l’écho de Cordoue se perçoit dans la répétition modulée des travées, créant une sensation de profondeur presque infinie. Marcher sous ces arcades, c’est un peu comme traverser un paysage de colonnes, où la lumière et l’ombre composent une calligraphie mouvante au fil de la journée.
Pour le visiteur, la cour à péristyle offre aussi un point de vue privilégié sur la diversité des matériaux employés : dalles de pierre, bassins d’ablutions, puits, sans oublier les décors de faïence ajoutés lors de campagnes postérieures. Vous remarquerez peut-être que, comme dans un cloître médiéval, cet espace central joue un rôle de respiration au cœur de la densité urbaine. C’est ici que l’on saisit le mieux comment la mosquée Zitouna articule la relation entre l’espace sacré et la ville, faisant de sa cour un véritable forum spirituel, à mi-chemin entre place publique et jardin intérieur.
Chapiteaux composites byzantins et réemploi architectural romain
Les chapiteaux qui couronnent les colonnes de la mosquée Zitouna constituent un véritable catalogue de l’histoire de l’architecture méditerranéenne. On y distingue des formes corinthiennes classiques, des chapiteaux composites byzantins à feuilles d’acanthe stylisées et volutes enroulées, ainsi que des pièces plus tardives retravaillées à l’époque islamique. Ce réemploi architectural romain, que l’on appelle spolia, ne se limite pas à un simple geste de récupération économique : il exprime une continuité culturelle et une volonté de dialoguer avec le passé.
Dans certains cas, les artisans musulmans ont volontairement effacé ou adouci des motifs figuratifs d’origine païenne ou chrétienne, en les recouvrant de motifs géométriques ou de bandeaux épigraphiques portant des versets coraniques. Ce processus de transformation rappelle la manière dont une ville moderne réhabilite un bâtiment industriel en lui donnant une nouvelle fonction : l’enveloppe ancienne subsiste, mais le sens symbolique change radicalement. Pour le voyageur curieux, repérer ces interventions est un jeu intellectuel passionnant, comme si l’on déchiffrait palimpseste après palimpseste sur la pierre.
Les chapiteaux byzantins, souvent sculptés dans un marbre blanc d’une grande pureté, se reconnaissent à leurs croix dissimulées, leurs palmettes stylisées et leurs réseaux de tresses. Intégrés dans un édifice islamique, ils prennent une dimension nouvelle, presque abstraite. Ils rappellent aussi le rôle de Carthage et des anciennes cités romaines de Tunisie comme véritables « carrières à ciel ouvert » pour les bâtisseurs médiévaux. En cela, la mosquée Zitouna apparaît comme un pont entre les mondes romain, byzantin et islamique, où chaque chapiteau sert de passerelle visuelle entre les civilisations.
Salle de prière et dispositifs liturgiques de la grande mosquée tunisoise
La salle de prière de la mosquée Zitouna, vaste espace hypostyle soutenu par près de 160 colonnes, constitue le cœur liturgique de l’édifice. Son plan rectangulaire organisé en nefs parallèles à la qiblah répond aux canons des grandes mosquées d’Occident musulman, tout en intégrant des spécificités propres au contexte tunisien. L’organisation interne de cet espace n’est pas seulement esthétique : chaque élément – mihrab, minbar, maqsura – remplit une fonction précise dans le déroulement de la prière communautaire et dans la mise en scène symbolique du pouvoir religieux.
Pour qui découvre la mosquée pour la première fois, la salle de prière peut évoquer une forêt de colonnes, où les lignes et les perspectives se multiplient à l’infini. Mais derrière cette apparente complexité se cache une logique très rigoureuse : la nef centrale, plus large, mène au mihrab comme une avenue principale, tandis que les nefs latérales organisent la circulation des fidèles. Vous remarquerez aussi que l’éclairage naturel, filtré par des fenêtres hautes et des ouvertures discrètes, participe à l’atmosphère recueillie, loin des contrastes violents de l’extérieur.
Orientation qiblah vers la mecque et précision géodésique médiévale
L’orientation de la salle de prière vers la qiblah, c’est-à-dire la direction de La Mecque, constitue l’un des aspects les plus fascinants de la mosquée Zitouna. À une époque où ni GPS ni instruments modernes n’existaient, comment les bâtisseurs ont-ils pu déterminer avec une telle précision la direction sacrée ? Les études menées par des historiens des sciences islamiques montrent que les savants de l’époque utilisaient des méthodes astronomiques et géométriques sophistiquées, fondées sur l’observation du soleil et des étoiles, ainsi que sur des calculs trigonométriques.
Dans le cas de la Zitouna, l’orientation de la qiblah s’inscrit dans la tradition « médiane » de l’Occident musulman, qui combine les données empiriques tirées de l’expérience des navigateurs méditerranéens et les modèles théoriques issus des grandes écoles de géographie islamique. Si l’on compare aujourd’hui cette orientation aux données géodésiques modernes, l’écart reste relativement faible, confirmant la finesse des savoirs médiévaux. Pour le visiteur, cette précision est presque imperceptible, mais elle rappelle que l’architecture de la mosquée est aussi le fruit d’une réflexion scientifique, où l’art et la science se rencontrent au service du culte.
On peut voir l’orientation de la qiblah comme une sorte de « boussole en pierre », gravée une fois pour toutes dans le tissu urbain. En vous plaçant dans la nef centrale, face au mihrab, vous êtes physiquement aligné avec des millions de fidèles à travers le monde, tous tournés vers le même point. Cette dimension cosmique de la mosquée Zitouna, parfois oubliée au profit de la seule contemplation esthétique, fait pourtant partie intégrante de son identité : le monument n’est pas seulement un chef-d’œuvre d’architecture, c’est aussi un instrument de mise en ordre de l’espace et du temps religieux.
Minbar en bois sculpté et calligraphie coranique du XIIe siècle
Le minbar de la mosquée Zitouna, chaire en bois d’où l’imam prononce le sermon du vendredi, est l’un des éléments les plus précieux de la salle de prière. Datant pour l’essentiel du XIIe siècle, il témoigne de la maîtrise exceptionnelle des artisans-menuisiers dans le travail du bois sculpté. Sa structure à degrés, surmontée d’un dais, est entièrement couverte de panneaux à motifs géométriques, d’étoiles imbriquées et de rosaces entrelacées, composant un véritable « tapis de bois » en relief.
La calligraphie coranique occupe une place centrale dans ce décor, sous la forme de bandeaux horizontaux où se déploie principalement l’écriture coufique, parfois associée à des formes plus cursives. Ces inscriptions, généralement constituées de versets rappelant l’importance de la prière, de la justice et de la piété, fonctionnent comme un commentaire visuel du rôle de l’imam et de la responsabilité du pouvoir. De près, on remarque la finesse des incisions et la régularité du tracé, qui donnent au bois l’apparence d’un métal précieusement ciselé.
Pour le visiteur, s’approcher du minbar (dans le respect des zones accessibles) permet de mesurer la minutie d’un travail entièrement réalisé à la main, sans outils mécaniques modernes. Comment ne pas être impressionné par la capacité des artisans à organiser ces motifs complexes sur des surfaces parfois très réduites, un peu comme un maître horloger assemble des pièces minuscules pour faire fonctionner une montre de haute précision ? Cet art du détail, caractéristique de l’architecture islamique, se retrouve dans de nombreux monuments du Maghreb, mais la Zitouna en offre l’une des expressions les plus abouties en Tunisie.
Nef centrale surélevée et acoustique de l’espace sacré
La nef centrale de la mosquée Zitouna se distingue par une légère surélévation et parfois par une hauteur de plafond supérieure à celle des nefs latérales. Cette configuration, que l’on retrouve dans plusieurs grandes mosquées maghrébines, répond à une double logique visuelle et fonctionnelle. D’un point de vue esthétique, elle met en valeur l’axe principal conduisant au mihrab, créant une sorte de « voie royale » pour le regard et la circulation des fidèles. D’un point de vue technique, elle améliore l’éclairage et la ventilation de la salle de prière.
Mais cette organisation spatiale a aussi des implications acoustiques importantes. En jouant sur la hauteur des voûtes, la nature des matériaux et la disposition des colonnes, les bâtisseurs ont créé un environnement où la voix de l’imam peut se diffuser de manière relativement homogène sans recours à des systèmes d’amplification modernes. L’effet rappelle celui des grandes salles de concert contemporaines, où chaque détail architectural est pensé pour optimiser la propagation du son. Avez-vous déjà remarqué à quel point, dans certains monuments anciens, un simple chuchotement semble résonner plus loin que prévu ? La Zitouna n’échappe pas à ce phénomène, fruit d’une longue expérience empirique des bâtisseurs.
Pour les fidèles, cette acoustique bien maîtrisée facilite la participation collective à la prière, en permettant à chacun de suivre les récitations coraniques et les prônes. Pour le voyageur attentif, prendre le temps de s’asseoir (si les conditions de visite le permettent) et d’écouter le murmure des voix, les pas sur les dalles et le léger froissement des vêtements peut devenir une expérience sensorielle à part entière. La mosquée apparaît alors non seulement comme un monument à voir, mais aussi comme un espace à entendre, où chaque nef compose sa propre partition sonore.
Maqsura et séparation des fidèles selon les rites malékites
La maqsura, espace clos réservé historiquement au souverain ou à certaines autorités, occupe une place particulière dans la salle de prière de la mosquée Zitouna. Cette structure, souvent délimitée par un treillis de bois ou une clôture sculptée, illustre le lien étroit entre pouvoir politique et institution religieuse dans les sociétés islamiques médiévales. À la Zitouna, la maqsura permettait au prince ou au gouverneur d’assister à la prière du vendredi tout en étant protégé, notamment en période de tensions.
Au-delà de cette dimension politique, l’organisation interne de la salle de prière reflète les usages du rite malékite majoritaire en Tunisie. La séparation des espaces n’est pas rigide au sens moderne, mais elle repose sur une hiérarchie implicite : proximité du mihrab pour les savants et notables, zones latérales pour les étudiants et fidèles ordinaires, arrière de la salle et galeries pour les femmes lorsque leur présence était autorisée en nombre. Cette structuration sociale de l’espace sacré peut surprendre le visiteur contemporain, mais elle aide à comprendre le rôle de la mosquée comme lieu d’enseignement, de justice et de sociabilité, au-delà de la seule prière.
On peut comparer cette répartition à l’organisation des places dans un amphithéâtre ancien ou une salle de spectacle moderne, où l’emplacement traduit souvent le statut ou la fonction de chacun. À la Zitouna, la maqsura et les zones attenantes matérialisent aussi la centralité de l’autorité religieuse et juridique, puisque de nombreux avis de droit islamique (fatwas) y furent historiquement prononcés. Pour vous, en tant que visiteur, garder en tête cette dimension vous permettra de lire l’espace autrement : chaque rang, chaque alignement de colonnes devient l’indice d’un ordre social et rituel soigneusement mis en scène.
Madrasa zitouna et système éducatif traditionnel islamique
Au-delà de sa fonction cultuelle, la mosquée Zitouna a joué pendant des siècles un rôle de premier plan comme institution éducative. Souvent présentée comme l’une des plus anciennes universités du monde islamique, elle a formé des générations de juristes, théologiens, linguistes et savants dans diverses disciplines. Le système éducatif traditionnel qui s’y est développé repose sur un modèle de transmission directe entre maître et élève, au sein même des portiques de la mosquée et, plus tard, dans les madrasas attenantes.
Le cursus de la madrasa Zitouna s’articulait autour de l’étude du Coran, du droit malékite, de la grammaire arabe, de la rhétorique, mais aussi des sciences rationnelles comme la logique, l’astronomie ou les mathématiques. Les cours se déroulaient souvent en petits cercles, les étudiants assis à même le sol autour du professeur, un peu comme dans un séminaire universitaire contemporain. Les diplômes, appelés ijaza, étaient délivrés individuellement par les maîtres, attestant de la capacité de l’élève à transmettre à son tour un ouvrage ou un corpus donné.
Du XIXe au début du XXe siècle, la Zitouna a été un foyer majeur du réformisme musulman en Tunisie, contribuant aux débats sur la modernisation du droit, l’enseignement des sciences modernes et les relations avec l’Europe. Des figures intellectuelles de premier plan y ont enseigné ou étudié, participant à la vie politique et culturelle du pays. Aujourd’hui encore, même si l’université Zitouna a été institutionnalisée et partiellement déplacée, le site historique conserve cette aura de lieu de savoir, où l’on vient autant pour admirer l’architecture que pour se souvenir de la longue tradition d’érudition qu’elle incarne.
Pour le visiteur intéressé par l’histoire de l’éducation islamique, une exploration de la Zitouna permet de visualiser concrètement ce système : on imagine aisément les étudiants circulant entre les colonnades, les manuscrits à la main, récitant des textes à voix basse ou discutant de points de droit sous la surveillance de leurs professeurs. En ce sens, la mosquée apparaît comme un véritable campus avant la lettre, où l’espace de prière, la bibliothèque, les salles d’étude et les lieux de vie se superposent. Cette continuité entre savoir et spiritualité est l’une des clés pour comprendre la place singulière de la Zitouna dans la mémoire tunisienne.
Conservation patrimoniale et restaurations contemporaines de l’édifice
Comme tout monument pluriséculaire, la mosquée Zitouna a connu au fil du temps de nombreuses campagnes de réparation, de transformation et de restauration. Les interventions les plus importantes des dernières décennies ont visé à préserver la stabilité structurelle de l’édifice, à consolider les colonnes et les voûtes, à restaurer les décors sculptés et à moderniser discrètement certaines infrastructures (réseaux électriques, gestion des eaux, sécurité) sans altérer l’authenticité du site. Les travaux menés à partir des années 1990 ont particulièrement marqué une prise de conscience accrue de la valeur patrimoniale de la Zitouna.
Les spécialistes de la conservation ont dû relever plusieurs défis : comment nettoyer les pierres noircies sans effacer les traces du temps ? Comment remplacer une colonne fragilisée tout en conservant la cohérence visuelle de l’ensemble ? Comment gérer l’afflux croissant de visiteurs sans porter atteinte au caractère sacré et à la quiétude des lieux ? La réponse a souvent consisté en des interventions minimalistes, privilégiant la consolidation plutôt que la reconstruction, et l’utilisation de matériaux compatibles avec ceux d’origine. Des études archéologiques et historiques approfondies ont précédé chaque grande campagne, afin d’éviter les « restaurations trop parfaites » qui gommeraient les strates successives du monument.
Dans le contexte actuel, la mosquée Zitouna s’inscrit dans une politique plus large de valorisation de la médina de Tunis, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Si vous vous interrogez sur l’impact de votre visite, sachez que le respect des parcours indiqués, l’évitement des zones fragiles et l’observance des règles de prise de vue contribuent concrètement à la préservation du site. À moyen terme, les enjeux de conservation portent aussi sur l’adaptation du monument aux évolutions climatiques (variations d’humidité, épisodes de chaleur intense) et sur la formation de nouvelles générations d’artisans capables de perpétuer les techniques traditionnelles de taille de pierre, de stuc et de bois sculpté.
Protocoles de visite et étiquette religieuse dans la médina de tunis
Visiter la mosquée Zitouna, c’est pénétrer dans un lieu de culte vivant, au cœur d’un quartier historique où la vie quotidienne des habitants se mêle à la curiosité des voyageurs. Pour que l’expérience soit à la fois enrichissante et respectueuse, il est essentiel de connaître quelques règles d’étiquette. Tout d’abord, renseignez-vous sur les horaires d’ouverture aux non-musulmans, qui peuvent varier et être restreints aux périodes en dehors des prières. Certaines zones de la mosquée – notamment la salle de prière – peuvent ne pas être accessibles aux visiteurs non musulmans, selon la réglementation en vigueur au moment de votre séjour.
Une tenue vestimentaire appropriée est fortement recommandée : épaules et genoux couverts, vêtements amples et sobres, foulard pour les femmes si l’accès à la salle de prière est autorisé. Il convient également d’enlever ses chaussures avant de pénétrer dans les espaces de prière, en les laissant dans les zones prévues à cet effet. La discrétion est de mise pour la prise de photos : évitez d’utiliser le flash, de photographier les fidèles sans leur consentement, ou de vous approcher trop près des personnes en prière. N’hésitez pas à demander au gardien ou au guide local ce qui est permis ou non, vous verrez que quelques mots de politesse en français ou en arabe facilitent grandement les échanges.
La mosquée Zitouna se situe au cœur d’un réseau de souks animés : textiles, parfums, bijoux, artisanat. Avant ou après la visite, vous serez probablement tenté de flâner dans ces ruelles étroites. Là encore, un certain nombre de réflexes simples amélioreront votre expérience : gardez vos effets personnels en sécurité, négociez les prix avec le sourire si vous souhaitez acheter, et respectez l’intimité des habitants, notamment lorsqu’ils se trouvent devant chez eux ou dans des échoppes non touristiques. Poser des questions, échanger quelques phrases avec les commerçants ou les étudiants que vous croiserez dans la médina peut transformer une simple promenade en véritable immersion culturelle.
Enfin, rappelez-vous que la mosquée Zitouna est au centre d’un calendrier religieux rythmé par les prières quotidiennes, le vendredi, le Ramadan et les grandes fêtes comme l’Aïd. À ces occasions, l’affluence peut être très importante et l’accès des visiteurs restreint. Plutôt que d’y voir une contrainte, considérez cela comme une occasion de percevoir la mosquée avant tout comme ce qu’elle est pour les habitants de Tunis : un cœur spirituel battant, où l’architecture exceptionnelle n’est jamais dissociée de la vie religieuse et sociale qu’elle abrite.